
Seuls sur le seuil est le nouveau duo transdisciplinaire de la Compagnie Terre à plumes. Un banc, un lampadaire, une IA capricieuse. Il n’en faut pas plus pour poser le décor d’une pièce touchante, parfois grinçante, qui se joue de nos paradoxes contemporains. Nous n’avons jamais été si connécté.e.s, et n’avons jamais été si seul.e.s. Jamais si conscient.e.s des enjeux climatiques, jamais si impuissant.e.s. Car c’est bien de cela dont parle «Seuls sur le seuil». De ces nouveaux questionnements qui nous agitent, nous occupent, qui découlent en partie de l’avènement de l’ère du numérique, en partie de l’hyper-mondialisation, et en partie de ce qui fait l’essence de la condition humaine.
Seul.
Toi qui est né et qui est fait de cette même matière que celle ont je suis constitué. Quelle est ce monde dans lequel tu vis ? Je te vois, et je me demande… Je te vois toi, si différent, à la fois plus grand et plus petit, plus beau et plus laid, et je me demande : est-ce que pour toi aussi l’herbe à la couleur de la joie ?
Est-ce que toi aussi lorsque tu entends la pluie qui bat sur les toits, tu penses aux battements de cœur de la terre ?
Est-ce que lorsque tu vois le vent qui souffle, les feuilles qui tremblent, les arbres qui ploient, les gens qui se penchent pour essayer de lutter… Est-ce que toi aussi tu te demandes : «à quoi bon ?» ?
Sur.
Nous sommes sur la ligne. Prendre le temps d’observer le monde qui nous entoure. Le battement de la trotteuse. Sa course inexorable et absolue qui fait naître en nous ce besoin – lui-même absolu – de se mettre en mouvement. Parce que justement, on ne l’a pas, le temps. Du moins, on ne nous le donne pas. Alors l’espace d’un instant, opérons ce geste révolutionnaire de le prendre.
A-t-on le désir véritable de la franchir, cette ligne ? Sommes-nous obligés de continuer notre course effrénée et obstinée, à fuir ce je ne sais quoi qui nous pousse à dévaler la pente, à avaler le vent. Ou avons-nous le choix de ralentir ? Appesantir. Réfléchir.
Le seuil.
Une ligne symbolique sur le sol, tracé imaginaire, lourde de sens alors qu’on ne sait même pas encore de quoi il est question, ni même de quel côté on est. Ce qui fait limite, ou ce qui est libérateur. Source de frustration ou d’épanouissement, le seuil, on l’affronte quotidiennement.
De façon consciente ou non, nous le savons : nous sommes sur le seuil. Nous sommes toutes et tous ensemble sur le seuil. Et pourtant ? Qui ne sent pas seul.e face à cela ?
Le désastre écologique, la résistance des idéologies racistes, liberticides, le patriarcat, la croissance à ou-trance. Autant de combats, pour autant de gens révoltés. Pourquoi notre voix ne porte-elle pas ?
